La déclaration de Joseph Kabila : une missive annonçant son retour en politique ?
Le 23 février 2025, après une longue période de silence, l’ancien président congolais Joseph Kabila a signé une tribune dans un journal sud-africain, le Sunday Times. Dans celle-ci, il critique la gestion actuelle du pays, en proie à une guerre dans l’Est contre le M23 qui prend du terrain. Il impute cette situation au président en exercice, Félix Tshisekedi, et laisse entendre qu’il pourrait bientôt reprendre une place plus active dans la vie politique congolaise. Une sortie publique qui alimente les discussions au sein de la classe politique et anime la scène médiatique. Les Hyperconscients vous proposent une analyse approfondie des enjeux de cette déclaration ainsi que les perspectives d’avenir de la RDC.
Une déclaration attendue et stratégique
Après dix-huit années à la tête de la RDC, Joseph Kabila a quitté le pouvoir en 2019, non sans difficulté. Resté dans l’ombre, il préparait sa thèse de doctorat en Afrique du Sud tout en continuant à observer de près l’évolution politique de son pays. Cependant, depuis quelques mois, plusieurs signaux annonçaient son retour. En décembre 2024, il a rencontré Moïse Katumbi et Claudel André Lubaya, figures de l’opposition congolaise, à Addis-Abeba. En janvier 2025, il a réuni à Nairobi plusieurs personnalités clés de son ancien régime, dont Aubin Minaku, ex-président de l’Assemblée nationale, Néhémie Mwilanya, son ancien directeur de cabinet, Emmanuel Ramazani Shadary, ex-candidat à la présidentielle de 2018, Richard Muyej, ex-gouverneur du Lualaba, et Bernabé Kikaya Bin Karubi, son fidèle conseiller diplomatique. Suite à cette rencontre, Aubin Minaku a été désigné vice-président du PPRD avec la mission d’assurer l’intérim du parti en l’absence de Kabila. Ainsi, sa tribune du 23 février 2025 ne constitue pas une surprise, mais plutôt l’officialisation d’une stratégie de retour politique soigneusement planifiée.
Un contexte favorable à son retour
Le timing de cette déclaration n’est pas anodin. La RDC traverse une crise multidimensionnelle marquée par une situation sécuritaire critique avec l’avancée du M23 à Goma et Bukavu, une gouvernance contestée fragilisant Tshisekedi et une économie en difficulté, dénoncée par un rapport du 24 février 2025 publié par les coalitions Le Congo n’est pas à vendre et le Réseau panafricain de lutte contre la corruption. Face à ces difficultés, Kabila cherche à se positionner comme une alternative crédible, en se présentant comme un leader expérimenté et capable de gérer les crises sécuritaires.
Une opposition à la gouvernance Tshisekedi
Dans sa tribune, Kabila critique la gestion du pays par Tshisekedi et met en avant plusieurs points. Il dénonce l’échec de la stratégie militaire à l’Est, estimant que la solution au conflit doit être plus globale. Il attribue la crise actuelle à une mauvaise gouvernance et souligne la nécessité d’un changement politique. Bien qu’il n’annonce pas clairement sa candidature, il prépare le terrain pour une implication plus active. Son discours semble également répondre à l’attaque de Tshisekedi lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, où ce dernier l’a accusé d’être "le vrai commanditaire de l'opposition armée".
Un retour semé d’obstacles
Malgré son influence persistante, plusieurs défis pourraient freiner son retour. Son passé controversé, associé à des accusations de corruption et de violations des droits humains, pourrait jouer en sa défaveur. Des organisations de la société civile exigent des explications sur la gestion des ressources minières et la répression des mouvements d’opposition. Enfin, le climat politique polarisé en RDC pourrait voir son retour accentuer les tensions au sein de l’élite politique congolaise.
Perspectives : quel avenir pour Kabila ?
Deux scénarios principaux se dessinent pour la suite. Il pourrait opter pour une candidature directe à la présidentielle de 2028, capitalisant sur le mécontentement populaire pour briguer un nouveau mandat. Alternativement, il pourrait stratégiquement se positionner en faiseur de rois, en soutenant une figure comme Aubin Minaku afin de conserver son influence sans s’exposer directement.
Conclusion : un retour stratégique mais incertain
La déclaration de Joseph Kabila marque un tournant dans la politique congolaise. Elle officialise un retour qui se profilait déjà en coulisses et s’inscrit dans une période de fragilité du pouvoir en place. Cependant, son passé controversé et les nombreuses interrogations sur sa gestion passée pourraient limiter sa marge de manœuvre. Si sa stratégie semble bien rodée, reste à voir si cette déclaration est le prélude d’un véritable retour ou une simple manœuvre pour diviser les soutiens de Tshisekedi et réorganiser l’opposition en sa faveur.