Umaro Sissoco Embaló candidat à sa propre succession : un revirement qui interroge

L’annonce, le 3 mars dernier, de la candidature d’Umaro Sissoco Embaló pour un second mandat a provoqué une onde de choc. Il y a un an, le président bissau-guinéen assurait pourtant qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat, invoquant le conseil de son épouse et son attachement à l’alternance démocratique. Ce revirement brutal suscite doutes et interrogations quant à ses véritables intentions, d’autant qu’il s’accompagne d’un bras de fer avec la CEDEAO et du report des élections législatives, prolongeant ainsi son mandat au-delà des délais prévus. Les Hyperconscients décryptent cette manœuvre politique aux implications majeures.

Un calcul politique ou un aveu d’impréparation ?

Le retournement de veste d’Embaló alimente les soupçons d’une stratégie politique soigneusement orchestrée. Certains observateurs estiment que sa promesse initiale n'était qu’un leurre, destiné à apaiser les tensions et à renforcer sa crédibilité sur la scène internationale. D’autres y voient au contraire un manque d’anticipation : peut-être ne s’attendait-il pas à ce que le contexte politique lui permette de prolonger son règne. Quoi qu’il en soit, cette volte-face écorne son image et renforce la méfiance de l’opposition, qui appelle déjà à manifester.

Plus troublant encore, Embaló ne se contente pas d’annoncer sa candidature : il se dresse ouvertement contre la CEDEAO, une organisation qu’il a lui-même dirigée. En mission diplomatique pour évaluer le processus électoral en Guinée-Bissau, une délégation de l’organisation régionale a été purement et simplement expulsée du pays. Un geste fort, qui traduit un durcissement des positions du président sortant. Ironie du sort, c’est ce même Embaló qui, lorsqu’il était à la tête de la CEDEAO, prônait la fermeté face aux régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Aujourd’hui, il dénonce une ingérence de l’organisation dans les affaires bissau-guinéennes, prenant ainsi le risque d’un isolement diplomatique et économique.

Un coup d’État institutionnel en marche ?

Si la Guinée-Bissau n’a pas connu de putsch militaire, la dissolution de l’Assemblée nationale et le report des élections législatives s’apparentent à une forme de confiscation du pouvoir. En privant le pays d’un contre-pouvoir et en retardant l’organisation d’un scrutin crucial, Embaló s’offre une prolongation de mandat aux contours contestés.

L’opposition et une partie de la société civile ne s’y trompent pas : pour elles, il s’agit d’une manœuvre visant à neutraliser les adversaires du président et à affaiblir les institutions démocratiques. À l’intérieur comme à l’extérieur, ceux qui voyaient en Embaló un garant de la stabilité en Afrique de l’Ouest sont désormais confrontés à un dirigeant dont les agissements rappellent ceux qu’il condamnait hier encore. Ce paradoxe fragilise son discours et risque d’entamer son soutien, tant au niveau national qu’international.

Vers une crise politique prolongée ?

Dans un pays où la population peine à entrevoir des perspectives économiques et sociales, l’instabilité politique pourrait accentuer les tensions. La Guinée-Bissau, déjà considérée comme un état fragile, pourrait être plongée dans une nouvelle crise si aucun compromis politique n’est trouvé rapidement.

Deux scénarios se profilent : si Umaro Sissoco Embaló parvient à imposer sa candidature, il renforce son emprise sur le pays, mais au prix d’une image dégradée et d’une contestation accrue. S’il échoue, il risque de voir son autorité s’effriter et son avenir politique compromis. Dans tous les cas, la Guinée-Bissau s’engage sur une voie incertaine, où les tensions risquent de redoubler d’intensité.



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