La fermeture de l’USAID par Donald Trump : quels enjeux pour les programmes de développement en Afrique ?
Le retour de Donald Trump depuis quelques mois sur la scène politique américaine s’accompagne d’un vaste projet de démantèlement des institutions fédérales qu’il juge inutiles ou contraires aux intérêts des États-Unis. Parmi les cibles prioritaires de son administration, l’Agence des États-Unis pour le développement international, plus connue sous le nom d’USAID, qui joue un rôle clé dans le financement de programmes de développement en Afrique. Sa suppression marquerait un tournant décisif, privant de nombreux pays d’un soutien crucial dans des domaines tels que la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et la gouvernance. Si certains voient dans cette décision une opportunité pour l’Afrique de s’affranchir d’une aide extérieure jugée paternaliste, d’autres s’inquiètent des conséquences immédiates sur des millions de bénéficiaires, notamment dans les pays les plus fragiles où l’USAID est un acteur incontournable du développement. Les Hyperconscients vous livrent une analyse des enjeux inhérents à la fermeture de l’USAID.
Un coup d’arrêt brutal pour des programmes cruciaux ?
Depuis sa création en 1961, l’USAID a financé une multitude de projets à travers le continent africain. Son engagement a été particulièrement visible dans le secteur de la santé avec des initiatives comme le PEPFAR qui a permis à plus de vingt millions de personnes vivant avec le VIH d’avoir accès à des traitements antirétroviraux ou encore le programme de lutte contre le paludisme qui a permis la distribution massive de moustiquaires imprégnées et la mise en place de campagnes de vaccination. Dans plusieurs pays du Sahel comme le Niger et le Burkina Faso, où l’insécurité alimentaire est une menace constante, l’initiative Feed the Future aide des millions de petits agriculteurs à améliorer leurs rendements grâce à des techniques modernes et un meilleur accès aux marchés. L’agence est également impliquée dans des programmes d’éducation, notamment en faveur de la scolarisation des jeunes filles dans des zones rurales, ainsi que dans le renforcement des institutions démocratiques en finançant des formations pour les magistrats et les administrations locales.
Dans plusieurs pays, la disparition soudaine de l’USAID risque d’entraîner un véritable effondrement de certaines politiques publiques. Au Sahel, où les conflits armés et les changements climatiques aggravent la précarité, l’arrêt des financements américains compliquerait davantage la lutte contre la famine et la pauvreté. Même dans des pays considérés comme plus stables, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin, la suppression de l’USAID signifierait l’arrêt brutal de plusieurs initiatives en matière de gouvernance, d’éducation et de développement rural.
De son côté le Gabon, bien que moins dépendant de l’USAID que d’autres pays d’Afrique francophone, pourrait néanmoins subir les effets de cette décision. L’agence américaine envisageait en effet d’y renforcer sa présence, notamment dans des programmes liés à la préservation de l’environnement et au développement durable. Ce soutien était particulièrement attendu dans le cadre de la gestion des forêts et de la promotion de l’écotourisme, deux secteurs stratégiques pour le pays qui mise sur ces richesses naturelles pour diversifier son économie. Avec la fermeture de l’institution, ces projets risquent d’être compromis, mettant en péril des initiatives de conservation et de développement communautaire.
Une opportunité pour l’Afrique de s’émanciper ?
Si la disparition de l’USAID est un choc pour de nombreux pays africains, elle soulève aussi une question essentielle sur la capacité du continent à assurer son propre développement sans dépendre de l’aide extérieure. L’Afrique dispose d’immenses ressources naturelles mais peine encore à en tirer pleinement profit en raison d’une mauvaise gestion, de la corruption et d’une faible industrialisation. Pourtant, des exemples existent et montrent que l’autonomie est possible. Le Rwanda, par exemple, a réussi à réduire sa dépendance à l’aide internationale en investissant massivement dans des secteurs stratégiques comme la technologie et les infrastructures, tout en développant un modèle économique fondé sur l’innovation et la coopération régionale. De nombreux experts estiment que l’Afrique gagnerait à renforcer ses propres mécanismes de financement, notamment à travers des institutions comme la Banque africaine de développement ou des initiatives régionales comme la Zone de libre-échange continentale africaine, afin de créer des solutions adaptées aux réalités locales plutôt que de dépendre des fluctuations des politiques étrangères.
L’avenir du continent repose aussi sur la montée en puissance d’un secteur privé dynamique et d’une jeunesse entreprenante qui développe des solutions innovantes dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la santé ou la finance numérique. L’essor des fintechs comme M-Pesa au Kenya ou Wave en Afrique de l’Ouest montre que le développement peut aussi venir du secteur privé et que des alternatives aux financements publics internationaux existent. En misant sur la transformation de son économie, en améliorant la gouvernance et en encourageant l’entrepreneuriat local, l’Afrique pourrait progressivement réduire sa dépendance aux aides extérieures et reprendre le contrôle de son propre destin.
Conclusion
La fermeture de l’USAID par Donald Trump risque d’avoir des conséquences immédiates sur les populations les plus vulnérables en Afrique mais elle doit aussi être perçue comme un signal d’alarme. Il est temps pour les États africains de repenser leur modèle de développement, de renforcer leur coopération et de trouver des solutions durables pour financer leurs propres politiques publiques. L’aide internationale, bien qu’utile dans de nombreuses situations, ne saurait être un modèle économique viable à long terme. Si l’USAID disparaît aujourd’hui, rien ne garantit qu’un autre bailleur ne se retirera pas demain. L’heure est venue pour l’Afrique de bâtir sa souveraineté économique et de tracer sa propre voie vers le développement.